17 voix contre le génocide
Les éditions du Seuil ont fait appel à 17 écrivain.e.s palestinien.ne.s, français.e.s ou franco-palestiniens pour rappeler que la Palestine n’est pas une métaphore.
Pour les éditions du Seuil, qui rappellent leur engagement pour la Palestine, il est urgent, face au génocide à Gaza, de faire entendre « la force collective de la littérature face à l’histoire » et de rappeler que la Palestine est « une nation, un peuple, une diaspora, et une terre sur laquelle il y a ce qui mérite vie », selon les mots de Mahmoud Darwich. 17 auteurices reconnu.e.s contribuent à ce recueil par des poèmes, des nouvelles, des coups de gueule et leurs droits d’auteur sont reversés à Médecins du Monde.
Les contributions des auteurs palestiniens insistent sur la destruction et disent la sidération. « Les plumes, les couleurs, les appareils photo n’ont pas protégé la vie de mes amis de Gaza », écrit Doha al-Kahlout, pleurant les artistes assassinés. Dans « Troisième guerre mondiale », la poétesse Nour Elasssy dit l’attachement : « je suis partie / mais Gaza a gardé la clé ». Yara El-Ghadban imagine le dialogue entre Colère et Amour, entre deux bombardements. Jadd Hilal, dans une bouleversante nouvelle intitulée « Khalass », met en scène deux amis inconsolables de la perte de leurs filles, et les histoires qu’ils se racontent pour ne pas faire face à cet insupportable deuil. Quant à Karim Kattan, il s’exaspère des injonctions à « humaniser les Palestiniens » (« c’est payé 50 balles la presta »), « humaniser mais pas trop […] faites le beau ».
Technocapitalisme génocidaire

La plupart des auteurs soulignent l’intolérable face au « premier génocide de l’Histoire diffusé en streaming » : Édouard Louis et Nan Goldin s’indignent que le monde de la culture « participe au silence » et « se range du côté de la violence et du pouvoir ». « Que dire de plus ? », s’interroge Joseph Andras, puisque « Nous savons tout » du colonialisme et du sionisme. Pour Sylvain Prudhomme, Gaza est « une pierre de touche morale pour nous tous ». Il faut « crier encore », clame Patrick Chamoiseau, pour ne pas céder à l’accoutumance. « Il va pourtant bien falloir faire quelque chose », écrit Éric Vuillard, disant sa honte face au silence et à l’inaction des gouvernements occidentaux. Annie Ernaux appelle à cesser la répression des mouvements de solidarité avec la Palestine et dénonce le racisme qui sous-tend le silence complice avec les génocidaires. Brigitte Giraud se demande comment les Occidentaux, si esthètes et si férus de selfies pour étaler leur décoration intérieure et leur gastronomie « s’arrangent de la honte » face à un peuple dont les maisons sont détruites et qui risque sa vie pour une distribution de farine. J.M.G. Le Clézio, dont on déplore qu’il ne prenne pas en considération la dimension coloniale d’Israël et semble plus s’inquiéter du sort de l’âme de celle-ci que des victimes du génocide, rappelle cependant à juste titre le refrain péruvien : « Dans les guerres, le vaincu est vaincu et le vainqueur est perdu ». Dans « Gaza Inc. », Aurélien Bellanger, lui, voit dans le génocide l’aboutissement logique du technocapitalisme dans sa dimension de machine de mort, une menace pour la vie sur Terre. « Contre le mot ruine – contre son épaisseur sémantique, son histoire symbolique, sa densité philosophique –, contre sa majesté mélancolique, je choisis gravat, humble et trivial, qui […] me fait entendre en écho dégâts, carnage, ravage », écrit Maylis de Kerangal. Enfin Atiq Rahimi rapporte le déchirant témoignage d’un vieil homme : « l’exil, ce n’est pas seulement quitter une maison. C’est être obligé d’habiter une mémoire. De boire chaque jour l’amertume du passé. »
La contribution la plus forte de ce recueil est celle d’Alain Damasio. Dans une poignante nouvelle intitulée « Sumûd », il imagine la ressuscitation des enfants palestiniens assassinés à travers le ventre des futures mères israéliennes. Résurrection qui révèle, à la manière du Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, les horreurs israéliennes : « Ces naissances venaient en quelque sorte compenser ou conjurer le génocide palestinien, pas même le venger, juste donner à ces enfants de moins de dix ans, à ces innocents exterminés hors de toute mesure et justice, une seconde chance de vivre et d’exister sur leurs terres. »
Et vous, vous lisez quoi ?
Kenza Sefrioui
Sur cette vie, il y a ce qui mérite vie – 17 écrivains pour la Palestine
Collectif
Seuil, 208 p., 190 DH








