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et débat d'idées

Il était une fois l’École de Casa

Le collectif dirigé par Madeleine de Colnet, Maud Houssais, Fatima-Zahra Lakrissa et Morad Montazami retrace la très riche histoire de l’École des Beaux-Arts de Casablanca, pilier de la modernité artistique au Maroc et au-delà.

« Comment ne pas les idéaliser » ? s’interrogent en avant-propos les directeurices de cette somme aussi esthétique qu’érudite à propos de ces années, de 1962 à 1987, de rayonnement intense et de questionnements majeurs autour de l’École des Beaux-Arts de Casablanca. « Comment ne pas en faire des moments d’utopie nostalgique ; pour, au contraire, en conserver, ou en hériter, une certaine urgence, un idéal concret, ancré, qui, à défaut d’avoir “fait école” au sens institutionnel du terme, a largement essaimé, jusqu’à aujourd’hui, son dessein artistique et culturel » ? De cette école qui « n’a pas fait école » mais une « révolution éducative », les auteurices retiennent le fait qu’en si peu de temps, elle a pu formuler une proposition d’une importance majeure et dépasser les limites du Maroc. Pour raconter cette histoire, la trame chronologique se déploie et s’enrichit de trames multiples : celle des archives de l’école même, des revues contemporaines, comme Souffles, Lamalif ou Intégral, mais aussi les travaux plus contemporains menés par une galaxie de chercheur.se.s du Maroc et d’ailleurs.

Un contre-modèle patrimonial

En préface, Abdellatif Laâbi confie que l’amitié avec Melehi et Chabaa a rendu la poésie, son « art premier », indissociable de la peinture. Le chapitre initial, « Indépendance », pose le contexte, avec un émouvant entretien entre Farid Belkahia et Jamal Boushaba. La première partie est consacrée à la revue Souffles, enrichie d’un témoignage de Toni Maraïni. Vient ensuite l’analyse des arts populaires avec « Forme et Symbole » revient sur les réflexions théoriques et la pratique de l’ornement et met en avant les travaux de Bert Flint et Toni Maraini. Dans « Présence plastique », il est question des expositions dans l’espace public, de l’art intégré à l’architecture, du design et des associations professionnelles. Enfin, dans « Conscience visuelle », Fatima-Zahra Lakrissa souligne « le contre-modèle patrimonial » représenté par l’École des Beaux-Arts de Casablanca et sur sa dimension expérimentale.

Chaque partie s’ouvre sur une chronologie détaillée et présente un essai qui pose la problématique développée, signé par des chercheurs reconnus sur le sujet : Nadia Chabâa, Léa Morin, Khalil M’Rabet, Katarzyna Pieprzak… Il est développé par un « Atlas » évoquant des documents de l’époque : brochures d’expositions, revues, etc. Des témoignages, des focus, des archives, viennent enrichir le propos. On retrouve ainsi les plumes de ceux et celles qui ont fait cette histoire, Farid Belakhia, Mohammed Chabâa, Mohammed Melehi, Mustafa Nissabouri, Mohamed Atallah… et de leurs contemporains, comme Pauline de Mazières, Zakya Daoud. L’ensemble est d’une grande richesse et constitue une invitation à se plonger dans ce corpus essentiel pour aborder des sujets sur des questions qui n’ont cessé de préoccuper les artistes marocain.e.s, l’articulation entre modernité et tradition, les rapports entre artistes et artisans et entre local et global, l’engagement, les solidarités internationales…

Ce livre, magnifiquement mis en forme par Elie Collistro qui fait alterner peinture, photo, typographie, etc., est publié par Zamân Books, en coédition avec Le Carrefour des livres éditions, qui fait ainsi un très beau début.

Et vous, vous lisez quoi ?

Kenza Sefrioui

C.A.S.A. – Casablanca Art School Archives
Collectif
Zamân Books / Le Carrefour des livres éditions, p., 500 DH

12 juin 2026