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Gaza: faire mémoire

Le collectif coordonné par Agnès Levallois réunit les rapports de nombreuses ONG internationales et dresse un bilan provisoire, déjà dépassé, mais qui met à jour la stratégie israélienne de dévastation.

Amnesty international, Al-Haq, B’tselem, le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), Euro-Mediterranean Human Rights Monitor, l’Unicef, Médecins sans frontières, l’Organisation mondiale de la santé, l’ONU, OXFAM, Palestinian Center for Human Rights, Physicians for Human Rights, Reporters sans frontières… Depuis des décennies, ces ONG sont en Palestine et documentent les crimes commis par Israël contre les populations civiles. Un an après le 7 octobre 2023, les éditions du Seuil ont publié ce « bilan provisoire » d’une violence qu’ils savaient loin de s’arrêter. Les rapports collectés et traduits vont jusqu’en juillet 2024 et la chronologie jusque fin août 2024. Lire aujourd’hui ce livre, près de trois ans après le début du génocide, c’est documenter des destructions bien antérieures à octobre 2023 et à tous les niveaux, et en rappeler la dimension programmatique : rendre Gaza invivable.

Pas de paix sans justice

Agnès Levallois

En préface, Rony Brauman insiste sur la violence sans précédent et rappelle que « ce n’est en rien nier l’atrocité de leur sort que d’affirmer que les victimes de l’attaque du Hamas ont été tuées ou enlevées en tant qu’Israéliens et non en tant que juifs. C’est au contraire se couper de la réalité de l’occupation que de se demander d’où vient la haine effrayante et mystérieuse qui s’est donné libre cours ce jour-là ». Agnès Levallois, présidente de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (IREMMO), qui a coordonné l’ouvrage, salue le rôle des travailleurs humanitaires gazaouis qui, sur place, ont permis de collecter ces informations, surtout depuis le blocus.

Chaque partie du livre éclaire un axe, et les rapports y figurant sont introduits par différents contributeurs issus des ONG. Les constats se répètent au fil des années, leurs auteurs réitérant leurs alertes à l’opinion internationale sur le blocus, la famine programmée, la destruction du système de santé et du système d’éducation – « les piliers de toute société » – la décrédibilisation et les assassinats systématiques de journalistes, les attaques sur les civils, enfants et personnes âgées particulièrement ciblés. Le journaliste palestinien Rami Abou Jamous dit l’humiliation que constitue le largage d’une aide humanitaire largement insuffisante, sous contrôle israélien, comme « donner à manger à des chiens ». Leila Bourguiba, conseillère juridique à Médecins sans frontières, questionne « l’appréciation correcte ou de bonne foi de la proportionnalité » tandis que Fozia Alvi, médecin canadienne affirme : « Des guerres, nous en avons déjà connu, mais celle-là marque d’une tache indélébile ce qui fait notre humanité commune ».

L’officier Guillaume Encel souligne le caractère disproportionné des armes, « inadaptées, si ce n’est pour dévaster » et déplore l’usage de l’intelligence artificielle pour accélérer les destructions de « tout ce qui permet à une société de vivre ». Journaliste à Mediapart, Gwenaelle Lenoir démontre que Gaza est pour Israël « un showroom de l’industrie militaire », notamment intégrant l’IA, qui permet sinistrement remplir le carnet de commandes. Dans Le Monde, Jean-Philippe Lefief listait les principaux fournisseurs d’armes : États-Unis, Allemagne, Italie, Royaume-Uni, France, Canada, Espagne, Pays-Bas, avec parfois des arrêts d’exportations d’armes mais des livraisons de munition… Pour Mungo Birch, chef du Service de lutte antimines de l’ONU (UNMAS), le travail de déminage fait depuis la guerre de 2021 a été réduit à néant et estimait à 45 millions de dollars le déminage de Gaza. Peter Harling, directeur du centre de recherche Synaps, s’attache aux éléments de langage qui invisibilisent les Palestiniens, « forme aboutie de déshumanisation ».Enfin, l’avocat Johann Soufi, directeur stratégique de l’Institute for International Legal and Advocacy Training (IILAT), rappelle que « la lutte contre l’impunité représente la seule façon de briser le cycle de violence » : « Au Proche-Orient comme ailleurs, il n’y aura pas de paix sans justice. » Donc sans reddition de comptes.

Et vous, vous lisez quoi ?

Kenza Sefrioui

Le livre noir de Gaza
Collectif
Seuil, 272 p., 270 DH

24 juillet 2026