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Casablanca ! Plaidoyer pour un musée collectif de Casablanca

C’est dans la médina de Casablanca qu’un grand nombre d’acteurs culturels de la ville et ses alentours se sont réunis le mercredi 16 janvier, à l’occasion d’une initiative organisée par l’Atelier de l’Observatoire pour créer un « musée collectif ».

L’idée ? Récolter et retranscrire les témoignages de vies, intimes ou communs, sur et à Casa. Casablancais d’origine ou de passage, archéologues ou artistes de rue, tous sont conviés à participer à la mise en lumière de la ville.

 

 

Théoriquement c’est beau. Et les idées de projets ne manquent pas, les profils non plus ! Autour de cette table ronde on trouve des hommes et des femmes de Casablanca (ou pas !) qui représentent une multitude de domaines : Jamaa Baida, directeur des Archives du Maroc, Zhor Rehihil, conservatrice du Musée du Judaïsme, Kenza Sefrioui co-auteure de Casablanca Nid d’Artistes (Malika éditions, 2018), mais aussi Ech-Cherki Dahmali, conservateur du musée Maroc Télécom à Rabat. Les archéologues, architectes, étudiants, photographes, musiciens et autres artistes s’ajoutent à cette liste non exhaustive des acteurs culturels présents cet après-midi et, pour ouvrir le débat, chacun présente son domaine et ses initiatives pour faire briller la ville. Il faut donner à la ville et tout le monde l’a compris.

C’est le cœur du projet : penser avec et pour tous, pour un musée collectif.

 

 

Qu’est-ce qu’un musée collectif ? Tous se mettent d’accord, au début en tout cas, c’est un musée citoyen de la mémoire collective de la ville de Casablanca et de ses quartiers périphériques. Ech-Cherki Dahmali nous rappelle la définition de musée : une « institution permanente sans but lucratif au service de la société et son développement, ouverte au public. » Cette institution transmet le patrimoine à la fois matériel et immatériel. Un musée doit avoir une visée éducative et ludique, il répète « éducation mais surtout délectation ! »

 

L’amnésie de Casablanca, « il faut scruter cette mémoire ».

 

Le musée inspire Histoire et mémoire. Il ne faudrait pas que Casa oublie ses racines dans son expansion frénétique. Il s’agirait de se détacher de cet héritage du protectorat pour mettre en valeur ce que Casablanca a à offrir depuis l’Indépendance. Les architectes Imad Dahmani et Lahbib El Moumni vantent la valeur touristique des édifices brutalistes de Jean-François Zevaco, « premier architecte marocain » à Casablanca mais aussi de par le Maroc. Le musée ne serait-il pas déjà sous nos yeux, dans les rues ? Abderrahim Mohib, chercheur à l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine à Rabat énumère les sites archéologiques à la lisière de la ville et insiste : « Casablanca a une position stratégique qui a permis d’enregistrer les changements de niveau de l’océan au niveau mondial. »

Il faut réfléchir à la manière d’inclure tous ces éléments dans ce nouveau musée, et peut être même les amener au public. On revient alors à l’idée de musée virtuel, interactif, pour intéresser même les plus jeunes avec des jeux de lumière ou des spectacles audiovisuels. On parle aussi de musée du football et de la boxe !

 

 

On sirote un thé à la menthe et on y retourne. Il faut penser aux démarches qui feront bouger les choses. Maintenant que les présentations sont faites, on collabore. Un partenariat entre artistes et chercheurs c’est la fusion des deux aspects du musée : l’éducation et la délectation. On a beaucoup à faire à partir de ce que l’on a déjà, serait-il judicieux de se lancer sur un nouveau projet quand on a quelque chose sur le feu ? « Il faut investir les anciens abattoirs ! », clame Jauk, le jazzman. On hausse le ton, plus besoin de micro, prenons ce qui existe avant de s’imaginer chefs de chantier.

 

Les personnes qui ont clôturé la rencontre n’étaient autres que des citoyens intéressés et pleins de bonne volonté. L’un met l’accent sur le nouveau : ce que Casa peut devenir et ce qu’il s’y construit en ce moment-même. Une autre — la plus jeune de la salle — veut viser le jeune public avant tout : passons au web ! Un dernier veut des résultats, du concret et il n’a pas tort. Pour lui, le musée collectif évoque la rue, les gens de Casablanca à qui on ne donnerait ni la parole ni la possibilité d’écouter celle des autres. « Pourquoi pas aller enregistrer des témoignages dans la rue, et les faire écouter pour faire réagir ? » : la radio pourrait être un moyen facile d’en toucher plus si l’on suit cette initiative audio. Ça reste laborieux, mais on y croit. Au moins c’est une proposition tangible.

Cette rencontre a manifesté la volonté des différents participants de se mettre en réseau, voire « en constellation » pour célébrer la ville. En attendant les prochaines rencontres, qui avec un peu de chance porteront sur la mise en pratique de ces collaborations.

 

L’Atelier de l’Observatoire ouvre d’ailleurs un appel « à tout porteur/euse de projets qui désire contribuer activement à l’effort de collecte et de réactivation de la mémoire des quartiers casablancais. »

 

Clara Pero